Chevenement

Rédigé par Chevenement.fr le 06/12/2019

Les actes du colloque du 24 septembre 2019 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

  • Introduction, par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

Rédigé par Chevenement.fr le 20/11/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement pour la Revue Politique et Parlementaire, novembre 2019.

  • Revue Politique et Parlementaire : Que retenez-vous de votre expérience de premier détenteur du portefeuille de la recherche de l’ère Mitterrand en 1981 ? Quel fut alors le sens de votre action ?

    Jean-Pierre Chevènement : J’ai été l’auteur du projet socialiste qui mettait le développement de la technologie, de la recherche et de l’industrie au premier plan de l’action gouvernementale. Mon ambition était de poursuivre tant sur la lancée des gouvernements de gauche, Front populaire et gouvernement de Mendès France, que sur celle du général de Gaulle en 1945 et 1958-59. Ces gouvernements avaient marqué une claire priorité au développement de la recherche. Le général de Gaulle aspirait à faire de la France une grande puissance scientifique, technologique et industrielle. Nous lui devons ainsi qu’à Pompidou les programmes Airbus, Ariane et beaucoup d’autres.

    Mon ambition était corrélée à celle de la gauche à cette époque. Je voulais porter l’effort de recherche, qui était de 1,8 % du PIB, à 2,5 % ainsi qu’il l’était indiqué dans le texte du projet socialiste. Il faut rappeler qu’en 1969 lors du départ du général de Gaulle il s’élevait à 2,2 % du PIB et qu’il ne représentait plus que 1,8 % en 1979-1980. Dès ma nomination au gouvernement, j’ai décidé la réunion d’un grand colloque national sur la recherche et la technologie. Il s’est déroulé de l’automne 1981 à janvier 1982 et a été suivi par le vote, en juillet 1982, de la loi d’orientation et de programmation de la recherche. C’est cette loi qui programme le développement de l’effort de recherche qui a atteint, en 1985, non pas 2,5 % du PIB mais 2,35 %. Néanmoins, cela représentait un effort très substantiel par rapport au niveau antérieur. D’autres thèmes essentiels ont émergé : la diffusion de la culture scientifique et technologique, le développement des revues d’expression française, la lutte contre les idéologies anti-science, l’emploi scientifique avec une augmentation du nombre de chercheurs, et des boursiers en thèse pour drainer la ressource intellectuelle vers la recherche, enfin l’effort fait en matière de formation par les grandes écoles d’ingénieurs. La loi d’orientation et de programmation a également débouché sur six programmes mobilisateurs destinés à relayer vers l’industrie la politique de recherche et de développement technologique telle qu’elle avait été mise en œuvre jusque-là, il faut le dire, davantage par le général de Gaulle que par ses successeurs.

Rédigé par Chevenement.fr le 15/11/2019

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission 64 minutes sur TV5 Monde. Il répondait aux questions de Mohamed Kaci, le mercredi 13 novembre 2019.

Verbatim

  • Mohamed Kaci : Raymond Poulidor est mort. Que vous évoque ce grand champion ?

    Jean-Pierre Chevènement : Je vais être très franc avec vous : je suivais passionnément le tour de France quand j'étais petit, ça me faisait rêver ! Le phénomène curieux est que Raymond Poulidor est entré dans le coeur des Français alors qu'il n'a jamais réussi à être premier. On sentait qu'il en avait la capacité. Il y a peut-être un syndrome de ce que la France allait devenir : une puissance moyenne... Cela fait réfléchir finalement.

  • Nous sommes le 13 novembre, date de commémoration, et la menace d'attentat est toujours aussi élevée. Que faut-il faire selon vous pour éviter de nouvelles attaques ?

    Il faut être animé par un esprit de paix civile, éviter tout ce qui ressemble à des surenchères inopportunes comme l'a fait une certaine manifestation récente... Il faut se méfier des guerres civiles qui arrivent à très bas bruit, qui mettent plusieurs décennies avant de développer leurs effets pervers. Je recommande beaucoup de retenue, de discrétion.

  • Vous avez prononcé les mots de "guerre civile" ? La France est menacée ?

    Bien entendu. C'est une menace à l'horizon, pour le moment on peut espérer qu'on la conjurera. Quand vous voyez les attentats du Bataclan, ces terrasses du 11ème arrondissement de Paris avec nos jeunes mitraillés... J'éprouve de la colère car je sais que cela est toujours possible. On parle de menace endogène, c'est-à-dire de radicalisation de gens qui sont des indigènes de la France. Il faut aussi penser que dans le monde musulman, il y a beaucoup de pays très instables qui peuvent être menacés par des régressions non seulement islamistes mais radicales. C'est arrivé en Algérie durant la décennie 1990, et en Irak bien sûr, où l'intervention occidentale y a certes contribué mais il y avait quand même une réalité endogène. Il y a dans la tradition de ce que l'on peut appeler le salafisme, porté par le wahhabisme depuis le 18è siècle, ou chez les Frères musulmans, une lecture littérale du Coran qui pose problème. Il faut donc favoriser tout ce qui permet de réconcilier l'islam avec la modernité.

Rédigé par Chevenement.fr le 15/11/2019

Jean-Pierre Chevènement était l'invité du 6h30-9h30 de franceinfo:, mardi 12 novembre 2019. Il répondait aux questions de Samuel Etienne.

Verbatim

  • Samuel Etienne : Le séisme en Ardèche pose-il la question du nucléaire en France ?

    Jean-Pierre Chevènement : Ce séisme est d'un magnitude modérée. Je vois pourtant sur France 2 des militants écologistes venir dire que l'on pourrait sortir d'une nucléaire et ne tirer notre énergie que du renouvelable, comme en Allemagne...

  • La ministre de l'Ecologie elle-même a demandé à EDF de plancher sur ce scénario.

    Si c'est vrai, cela me scandalise ! Nous sommes en train de gâcher un atout industriel majeur de la France. Nous avons une électricité à bas coût – 58 tranches de nucléaires qui assurent 75% de notre approvisionnement électrique – et on le gâche en demandant des études absurdes à EDF, placé sous la tutelle de ce ministre de la "transition" écologique. Que veut dire "transition" ? Où va-t-on ? Nul le sait ! Tout cela montre la complaisance à l'égard de l'écologie comme idéologie, que je distingue de l'écologie comme science.

  • Faut-il poursuivre la construction de centrales nucléaires ? Quid de la sécurité ?

    Je comprends parfaitement toutes les préoccupations en matière de sécurité. Mais nous sommes en présence d'un phénomène idéologique hautement dangereux pour bien des activités comme l'agriculture, l'industrie... On finira par ne plus avoir d'appareil productif ! L'idéologie que je veux dénoncer est celle qui consiste à mettre la catastrophe à l'horizon de l'histoire alors qu'avant c'était le progrès. Un philosophe allemand, Hans Jonas, a parlé de "l'heuristique de la peur" : on fait peur aux gens pour qu'ils progressent dans leur manière de consommer ou de produire. En réalité, on ne produit plus ! Je suis très déçu qu'Elisabeth Borne ait demandé cette étude à EDF. On se tire une balle dans le pied !

Rédigé par Chevenement.fr le 31/10/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Montagne, propos recueillis par Nathalie Van Praagh, mercredi 30 octobre 2019.

  • Nathalie Van Praagh : Quand on dit que la France est une République laïque, de quoi parle-t-on ?

    Jean-Pierre Chevènement : De la Révolution française jusqu’à la loi de 1905 portant séparation de l’Etat et des Eglises, la laïcité a été un long combat. Ce n’est d’ailleurs que depuis la Constitution de 1944 que la République française se définit comme « laïque ».

    La liberté d’opinion y compris religieuse proclamée par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 impliquait la séparation du politique et du religieux. Mais il a fallu de longues luttes pour y parvenir. C’est pourquoi on ne peut se borner à définir la laïcité comme un « principe ». Il faut l’adosser à son substrat culturel et historique qu’est l’idéal des Lumières, celui qui porte la République.

    La laïcité va de pair avec la citoyenneté. Elle implique un espace commun à tous les citoyens où ceux-ci peuvent débattre de leur meilleur intérêt général, à la lumière de leur seule raison naturelle. D’où le rôle de l’École laïque, formatrice du citoyen.

  • Dans quel espace, selon vous, doit s'exercer la religion ?

    La religion peut s’exercer dans l’espace public dès lors qu’elle ne trouble pas l’ordre public et ne met pas en cause la cohésion sociale. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on appelle « religion ». Celle-ci ne doit pas être confondue avec une signalétique vestimentaire ou capillaire qui ne découle d’aucune prescription religieuse, comme je me le suis fait confirmer par le Cheikh D’al-Azhar, la plus haute des autorités spirituelles dans le monde musulman sunnite. Il ne faut pas confondre l’Islam avec l’idéologie salafiste qui prône le retour au VIIème siècle. Les Egyptiennes qui sortaient dans la rue le visage découvert dans les années 1960 sont obligées aujourd’hui de porter le voile. Cette évolution n’est pas souhaitable en France.

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