Chevenement

Rédigé par Baptiste Petitjean le 15/01/2020

Jean-Pierre Chevènement était l'invité des Matins du Samedi sur France Culture. Il répondait aux questions de Caroline Broué, le samedi 11 janvier 2020.

Verbatim

  • Caroline Broué : la France a été épinglée pour sa gestion du maintien de l'ordre durant les manifestations. Comment la police en arrive-t-elle à des réactions d'une telle violence ?

    Jean-Pierre Chevènement : Il faut traiter cette question avec objectivité et sang-froid. Il y a dans notre pays une tradition de maintien de l'ordre qui remonte aux grèves insurrectionnelles de 1948 : les CRS, créées par Jules Moch à l'époque, auxquelles se sont ajoutés les compagnies de gendarmes mobiles. Ce sont les conceptions du maintien de l'ordre qui prévalent dans notre pays.
    Comme ministre de l'Intérieur, j'avais instauré la police de proximité pour modifier le rapport entre la police et la population, sans contester que pour autant, quelquefois, il faut avoir recours à l'action forte à travers les BAC – brigades anti-criminalité. Ces BAC sont nécessaires car la délinquance que nous affrontons peut être extrêmement violente. On a observé un crescendo historiquement de 1965 à 1982, où il y a eu une croissance de la délinquance, une stabilisation pendant une dizaine d'années, puis à nouveau des violences revêtant un caractère beaucoup plus insupportable, notamment les violences urbaines de 2005.

  • Vous aviez parlé de « sauvageons » à une certaine période.

    C'était à l'occasion du meurtre d'une épicière par un jeune garçon de 14 ans. Ce jeune garçon, que j'ai qualifié de « sauvageon », manquait d'éducation. Un sauvageon, je le rappelle, en bon français, est un arbre non greffé qui court à même le sol, qui n'a pas de tuteur. La dimension de l'éducation est essentielle : on ne peut pas parler de sûreté, de sécurité, sans parler aussi de citoyenneté, de civilité. Tout cela s'est beaucoup dégradé. On a vu des actions très violentes contre la police, certaines manifestations dégénèrent avec des jets de cocktail molotov, des éléments violents s'introduisent au sein des Gilets jaunes. Il a fallu modifier la doctrine du maintien de l'ordre. C'est récent, ça a été la tâche du nouveau Préfet de police et du nouveau ministre de l'Intérieur.

Rédigé par Chevenement.fr le 07/01/2020

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission Les Incorrectibles sur Sud Radio. Il répondait aux questions d'Eric Morillot, accompagné de Judith Weintraub du Figaro et de Hadrien Desuin de l'Incorrect, le dimanche 5 janvier 2020.

Verbatim

  • Sud Radio : Le numéro 2 du régime iranien, Ghassem Soleimani, a été tué par un drone américain. Cette décision du Président américain est-elle dangereuse ? Sommes-nous à la veille d'une troisième Guerre du Golfe ?

    Jean-Pierre Chevènement : Cette décision est sans précédent. Le Président des Etats-Unis revendique non l'assassinat mais l'exécution du général Soleimani, personnalité emblématique, responsable de la République islamique d'Iran qui est aussi un grand pays qui vient du fond de l'histoire. On ne va pas supprimer l'Iran, il faudra bien faire avec ce pays et la recherche d'un compromis est donc souhaitable. La question est difficile, notamment celle du nucléaire iranien, mais l'exécution ne me paraît pas la meilleure méthode pour arriver à un compromis. Du point de vue du droit international, on ne peut que condamner cette action qui nous rapproche de la guerre.

  • Y a-t-il une menace de troisième guerre mondiale ?

    Il est un peu excessif de le penser. Entre qui ? Au niveau international, ce qui structure tout est la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, et il n'y aura pas de guerre entre eux. Dans le monde musulman, il y a quelques pays qui jouent un rôle très important : Iran, Turquie, Pakistan, Egypte. Mais aucun ne peut à lui seul engager une guerre mondiale. Ce qui peut arriver est un embrasement du Golfe avec toutes les répercussions notamment économiques que l'on peut imaginer. C'est probable.

Rédigé par Chevenement.fr le 17/12/2019

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au rassemblement du "Printemps Républicain" le 30 novembre 2019 à la Bellevilloise (Paris)

  • Actualité de l’idée républicaine

    Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, l’idée républicaine en France a repris de la force au fur et à mesure que la société française se fragmentait. Ce n’est pas par hasard qu’on parle aujourd’hui de « l’archipel français ».

    Cette fragmentation a plusieurs causes :

    D’abord et avant tout par l’effet d’un néo-libéralisme triomphant tout au long des années 1980-1990-2000. Près de trois décennies de déréglementation, de dérégulation installent un capitalisme financier mondialisé, la libération des mouvements de capitaux favorisant les délocalisations industrielles et la désindustrialisation. Partout les fractures se creusent, économiques, sociales, territoriales, générationnelles. On n’a pas fini de faire le bilan de « la mondialisation heureuse » et de cette Europe transformée en « petit coin de Paradis ».

    La sécession des élites fait étroitement corps avec cette dérégulation généralisée qui s’installe en Europe et dans le monde à la faveur de l’Acte Unique. Elle l’explique et elle s’en nourrit.

    La deuxième cause de cette fragmentation sociale est dans l’idéologie libérale-libertaire et particulièrement dans l’hyper-individualisme libéral qui fait émerger « la société des individus », aux antipodes des valeurs collectives républicaines.

Rédigé par Chevenement.fr le 06/12/2019

Les actes du colloque du 24 septembre 2019 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

  • Introduction, par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

Rédigé par Chevenement.fr le 20/11/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement pour la Revue Politique et Parlementaire, novembre 2019.

  • Revue Politique et Parlementaire : Que retenez-vous de votre expérience de premier détenteur du portefeuille de la recherche de l’ère Mitterrand en 1981 ? Quel fut alors le sens de votre action ?

    Jean-Pierre Chevènement : J’ai été l’auteur du projet socialiste qui mettait le développement de la technologie, de la recherche et de l’industrie au premier plan de l’action gouvernementale. Mon ambition était de poursuivre tant sur la lancée des gouvernements de gauche, Front populaire et gouvernement de Mendès France, que sur celle du général de Gaulle en 1945 et 1958-59. Ces gouvernements avaient marqué une claire priorité au développement de la recherche. Le général de Gaulle aspirait à faire de la France une grande puissance scientifique, technologique et industrielle. Nous lui devons ainsi qu’à Pompidou les programmes Airbus, Ariane et beaucoup d’autres.

    Mon ambition était corrélée à celle de la gauche à cette époque. Je voulais porter l’effort de recherche, qui était de 1,8 % du PIB, à 2,5 % ainsi qu’il l’était indiqué dans le texte du projet socialiste. Il faut rappeler qu’en 1969 lors du départ du général de Gaulle il s’élevait à 2,2 % du PIB et qu’il ne représentait plus que 1,8 % en 1979-1980. Dès ma nomination au gouvernement, j’ai décidé la réunion d’un grand colloque national sur la recherche et la technologie. Il s’est déroulé de l’automne 1981 à janvier 1982 et a été suivi par le vote, en juillet 1982, de la loi d’orientation et de programmation de la recherche. C’est cette loi qui programme le développement de l’effort de recherche qui a atteint, en 1985, non pas 2,5 % du PIB mais 2,35 %. Néanmoins, cela représentait un effort très substantiel par rapport au niveau antérieur. D’autres thèmes essentiels ont émergé : la diffusion de la culture scientifique et technologique, le développement des revues d’expression française, la lutte contre les idéologies anti-science, l’emploi scientifique avec une augmentation du nombre de chercheurs, et des boursiers en thèse pour drainer la ressource intellectuelle vers la recherche, enfin l’effort fait en matière de formation par les grandes écoles d’ingénieurs. La loi d’orientation et de programmation a également débouché sur six programmes mobilisateurs destinés à relayer vers l’industrie la politique de recherche et de développement technologique telle qu’elle avait été mise en œuvre jusque-là, il faut le dire, davantage par le général de Gaulle que par ses successeurs.

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