Chevenement

Rédigé par Chevenement.fr le 31/10/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Montagne, propos recueillis par Nathalie Van Praagh, mercredi 30 octobre 2019.

  • Nathalie Van Praagh : Quand on dit que la France est une République laïque, de quoi parle-t-on ?

    Jean-Pierre Chevènement : De la Révolution française jusqu’à la loi de 1905 portant séparation de l’Etat et des Eglises, la laïcité a été un long combat. Ce n’est d’ailleurs que depuis la Constitution de 1944 que la République française se définit comme « laïque ».

    La liberté d’opinion y compris religieuse proclamée par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 impliquait la séparation du politique et du religieux. Mais il a fallu de longues luttes pour y parvenir. C’est pourquoi on ne peut se borner à définir la laïcité comme un « principe ». Il faut l’adosser à son substrat culturel et historique qu’est l’idéal des Lumières, celui qui porte la République.

    La laïcité va de pair avec la citoyenneté. Elle implique un espace commun à tous les citoyens où ceux-ci peuvent débattre de leur meilleur intérêt général, à la lumière de leur seule raison naturelle. D’où le rôle de l’École laïque, formatrice du citoyen.

  • Dans quel espace, selon vous, doit s'exercer la religion ?

    La religion peut s’exercer dans l’espace public dès lors qu’elle ne trouble pas l’ordre public et ne met pas en cause la cohésion sociale. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on appelle « religion ». Celle-ci ne doit pas être confondue avec une signalétique vestimentaire ou capillaire qui ne découle d’aucune prescription religieuse, comme je me le suis fait confirmer par le Cheikh D’al-Azhar, la plus haute des autorités spirituelles dans le monde musulman sunnite. Il ne faut pas confondre l’Islam avec l’idéologie salafiste qui prône le retour au VIIème siècle. Les Egyptiennes qui sortaient dans la rue le visage découvert dans les années 1960 sont obligées aujourd’hui de porter le voile. Cette évolution n’est pas souhaitable en France.

Rédigé par Chevenement.fr le 30/10/2019

Déclaration de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l'Intérieur

Je suis surpris que le CFCM déclare, dans Le Figaro du 29 octobre 2019, que le port du voile est une prescription religieuse. Les représentants des principales sensibilités musulmanes de France, et en particulier à l’époque Dalil Boubakeur, ont signé le 29 janvier 2000 un document intitulé « Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les Pouvoirs publics et le culte musulman en France ». Ce document ne rappelle rien de tel. D’ailleurs, le cheikh Mohammad Sayed Tantaoui, grand imam de la mosquée d’al-Azhar, la plus haute autorité spirituelle de l’Islam sunnite, m’avait déclaré en avril 1998, à l’occasion d’un voyage en Egypte, que « les musulmanes vivant en France doivent se soumettre aux règlements interdisant le voile dans les lycées », selon des propos rapportés par la presse à l’époque. Le grand imam ajoutait que « l'Etat français était en droit de prohiber ce qui lui paraît ‘contraire à ses traditions’. ‘Les musulmans, qui ont le devoir de se conformer aux lois du pays où ils vivent, ont le choix de s'y plier’, avait-il ajouté. « Les fidèles sont invités à distinguer les interdits portant sur les ‘fondements de la religion’ de ceux qui ne portent que sur des ‘aspects secondaires’. La question du foulard entre, expliquait le grand imam, dans la seconde catégorie : ‘Le plus important pour notre religion est qu'une musulmane porte une tenue décente’. »

Le CFCM réclame, à juste titre, le droit à l’indifférence pour les musulmans. Il ne devrait pas chercher, en toute logique, à donner à une signalétique vestimentaire qui marque la différence une force qu’elle n’a pas.

Rédigé par Chevenement.fr le 30/10/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Est Républicain, propos recueillis par Jean-Pierre Tenoux, mercredi 30 octobre 2019.

  • L'Est Républicain : Que vous inspire cette énième relance du débat sur la laïcité ?

    Jean-Pierre Chevènement : On a besoin de concepts clairs sur ces sujets qui sont des sujets minés. Beaucoup de démagogues interviennent avec des vues courtes. Ils ne se rendent pas compte que ce qui est menacé, c'est la paix civile elle-même. L'exemple des guerres de religion nous rappelle que celles-ci avancent à très bas bruit. La première exécution, au temps de François-1er, a eu lieu en 1623. Le massacre de la Saint-Barthélemy, c'est 1672, cinquante ans après. Donc il faut de la modération, de la retenue de part et d'autre, ce qui ne signifie pas le confusionnisme. Aujourd'hui, on voit des actes criminels aussi stupides qu'odieux comme celui qui a visé la mosquée de Bayonne. C'est le fait de gens qui sèment la graine de la guerre civile. Si on encourageait ce type de comportements, on finirait par la récolter.

  • Il y a de la confusion, autour du terme laïcité...

    Ce n'est pas du tout l'athéisme ou l'agnosticisme comme veulent le faire croire ses adversaires. Elle n'est dirigée contre personne. Ce principe est issu de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen qui proclame la liberté d'opinion religieuse. Il a fallu plus d'un siècle pour définir les règles d'une séparation des Etats et des Eglises. La loi de 1905 est pragmatique car elle prévoit des exceptions, les aumôneries militaires notamment.

Rédigé par Chevenement.fr le 28/10/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Sud Ouest, propos recueillis par Odile Faure, samedi 26 octobre 2019.

  • Sud Ouest : Vous allez intervenir aux Idées mènent le monde à Pau sur le thème de la "Nation". Pouvez-vous nous livrer votre définition de la "nation" par rapport au "pays", à la "patrie", à "l'Etat" ?


    Jean-Pierre Chevènement : Vous allez m’obliger à être pédagogue au risque d’être ennuyeux :

    Il y a plusieurs conceptions de la nation : tantôt civique, c’est ainsi que la France, depuis 1789, se définit comme une communauté de citoyens. Tantôt ethno-culturelle, c’était la conception allemande telle que l’avait définie Fichte, en réaction à la Révolution française, ou même purement ethnique, sous le régime national-socialiste. Cette distinction est essentielle. Renan, en 1889, a lumineusement exposé la conception française et civique de la Nation : elle repose non sur des critères de race, de langue ou de géographie, mais sur l’adhésion, le vouloir vivre ensemble une communauté de souvenirs et de projet, « un plébiscite de tous les jours ».

    C’est pour avoir laissé dépérir cette idée de nation civique, que la « société des individus » telle qu’elle a émergé en gros depuis 1968, a ouvert la voie à la régression identitaire qu’a constitué le Front National : l’idée de « souche » a remplacé l’exigence de la citoyenneté.

    Nos élites, happées par la mondialisation libérale, ont confondu la nation avec le nationalisme qui en est une maladie : la haine des autres plutôt que l’amour des siens. C’est grave, car les Français se sentent aujourd’hui perdus dans la mondialisation libérale. Or, la nation reste le cadre privilégié de la démocratie et de la solidarité. Nos dirigeants ne le rappellent pas assez. Il est important de remettre à l’honneur la conception de la nation civique : c’est la volonté d’être Français qui fait le Français.

Rédigé par Chevenement.fr le 16/10/2019

Les actes du colloque du 18 juin 2019 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

  • Introduction, par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

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