Chevenement

Rédigé par Chevenement.fr le 29/04/2019

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Express, propos recueillis par Alexis Lacroix, dimanche 28 avril 2019.

  • L'Express : Etre né en 1939, aux marches de l’Est de la France, a-t-il exercé une influence déterminante sur le façonnement de votre pensée ?

    Jean-Pierre Chevènement : Dans nos régions, on choisissait comme première langue l’allemand, langue du voisin. La culture prestigieuse de l’Allemagne avait pénétré la nôtre, car un Français de l’Est, à cette époque, connaissait mieux la littérature allemande, de Goethe à Ernst Jünger, que la littérature américaine. Nous étions au lendemain de la guerre et les souvenirs de l’occupation allemande étaient encore très vifs. Mon père prisonnier, ma mère m’avait élevé, seule, tout au long de la guerre.

  • La vulnérabilité de la France, cela a donc été une des données immédiates de la conscience de Jean-Pierre Chevènement ?

    Certainement. Les soldats allemands occupaient l’étage de l’école et nous avaient confinés, ma mère institutrice et moi-même, au rez-de-chaussée. Les trois maisons de ma grand-mère avaient été incendiées le 18 juin 1940. Et ma mère soupçonnée de faire des tracts avec la postière contre les Allemands et leurs suppôts de Vichy, était convoquée par la Gestapo à Montbéliard. Bref, on ne se sentait plus chez soi. Et l’immensité des tâches roses, matérialisant sur les cartes de Vidal et Lablache, l’Empire français, nous faisaient ressentir plus encore la profondeur de l’abîme où le pays avait sombré.

Rédigé par Chevenement.fr le 26/04/2019

Jean-Pierre Chevènement était L'invité des Matins animé par Guillaume Erner sur France Culture, le mercredi 24 avril 2019. Thème de l'émission : 50 ans après la démission du général de Gaulle : quel est son héritage ?

Verbatim

  • Guillaume Erner : Quel est votre sentiment sur l'évolution de la démocratie ? Beaucoup de chefs d'Etat sont considérés comme « bonapartistes » y compris de Gaulle, et on vous a parfois classé dans cette catégorie.

    Jean-Pierre Chevènement : De Gaulle nous a légué une conception sacerdotale de l'Etat, du service de la chose publique. Aujourd'hui, il y a une campagne très idéologique visant à discréditer la démocratie citoyenne : celle qui part du peuple souverain, dont chaque citoyen est une composante, et qui fait du peuple la source du droit.
    J'ai entendu Martin Wolf, en tout cas les citations qu'on en a faites : mélanger Erdogan, Poutine, Bolsonaro, Xi Jinping, Trump, Orban est un subterfuge un peu grossier. Il faut garder de la mesure et analyser la spécificité de chaque régime. Par exemple, Vladimir Poutine s'est plié à la Constitution russe de 1993 en ne sollicitant pas un troisième mandat ; il a laissé la place à Medvedev. On peut dire que tout cela était arrangé, mais qu'est-ce qui n'est pas arrangé dans la vie politique ?

  • A l'époque où de Gaulle se défendait d'être un dictateur alors que la Gauche, Mitterrand en tête, l'accusait de coup d'état permanent, qu'en pensiez-vous ?

    Je suis né plutôt à gauche dans une famille qui votait socialiste. J'ai été très impressionné par la figure de Pierre Mendès France dès l'âge de 15 ans et j'ai même failli adhérer au Parti radical. Mais j'ai vu en 1958 que de Gaulle avait la capacité d'éviter à la France une guerre civile, de dénouer et de trancher le nœud gordien qu'était la guerre d'Algérie. J'avais lu ses Mémoires de guerre et beaucoup de ses écrits. Au fond de moi-même, je suis devenu gaulliste dans les dernières années de la guerre d'Algérie.

Rédigé par Chevenement.fr le 23/04/2019

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Sonia Mabrouk, dans l'émission Europe Soir sur Europe 1, le lundi 23 avril

Verbatim

  • Sonia Mabrouk : Les fêtes de Pâques sont endeuillées par les attentats au Sri Lanka contre des chrétiens. La piste islamiste est privilégiée. Assiste-t-on à une résurgence d'attaques ciblant cette communauté religieuse ?

    Jean-Pierre Chevènement : C'est certain. Il y a plus d'une cinquantaine de pays où il y a des persécutions dirigées contre les chrétiens. Jacques Julliard distingue deux formes de persécution : la persécution "marteau", c'est-à-dire l'attentat, l'exécution, et la persécution "étau" : la discrimination, le refus de citoyenneté. Cette question devrait être mise sur la table. On ne peut pas faire de différence entre des persécutions qui visent des délits d'opinion, d'orientation sexuelle ou d'origine ethnique, et des persécutions antireligieuses. J'ajoute que si ces persécutions ont souvent lieu en pays musulman, les musulmans ont payé le plus lourd tribut aux persécutions islamistes en Irak, en Syrie, au Pakistan et, plus près de nous, en Algérie pendant la décennie noire des années 1990.

  • Après l'incendie de Notre-Dame, vous avez appelé à un sursaut, affirmant qu'il fallait "rebâtir le patrimoine français, l'histoire de France, notre récit national".

    Je ne me suis pas exprimé d'un point de vue politique. Sous le coup de l'émotion, j'ai ressenti comme beaucoup de Français que Notre-Dame faisait partie de notre Sacré national, que c'était un patrimoine immatériel. Quand j'ai entendu le Président de la République proposer, à juste titre, qu'on se consacre à sa reconstruction, je me suis dit qu'il ne s'agissait pas seulement de la cathédrale matérielle mais immatérielle : l'édifice de la République, de notre histoire, la manière dont les Français se sentent entre eux. Quand on rentre de l'étranger, on est frappé de la violence des polémiques, de la bassesse des insultes : on ne peut pas vivre dans une atmosphère de guerre civile froide.


Rédigé par Chevenement.fr le 16/04/2019

Communiqué de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre

Qui, parmi ceux que hante, depuis plus de cent ans, la fin de la France, n'a pas éprouvé, en voyant brûler Notre-Dame, cœur de notre Sacré, la réalisation symbolique de son pressentiment ?

Et aussitôt s'est levée la grande ombre de celui qui, même au fond de l'abîme, n'a jamais désespéré, je veux dire, bien sûr, Charles de Gaulle. Est-ce lui qui a inspiré Emmanuel Macron, quand celui-ci a déclaré : "Nous rebâtirons Notre-Dame !".

Mais ce n'est pas seulement Notre-Dame qu'il faut rebâtir, c'est le patriotisme français, c'est l'Histoire de France, notre récit national, notre République.

Au moment où le Président de la République allait apporter sa réponse au grand débat qu'il avait lancé il y a quatre mois pour reconstruire notre démocratie, Notre-Dame brûlant rappelle à tous l'ampleur de la tâche.

Comment cette reconstruction de la démocratie et du patriotisme français serait-elle possible dans une atmosphère de guerre civile froide ?

A cet égard, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a trouvé les mots les plus justes pour dire que ce qui nous unit - la France, sa civilisation, son Histoire - est plus fort que ce qui, temporairement, nous divise. Ainsi Notre-Dame, du fond des siècles, nous appelle-t-elle, ensemble, à continuer la France.

Rédigé par Chevenement.fr le 08/04/2019

Les actes du colloque du 29 janvier 2019 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

  • Introduction, par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica
  • Analyse de la situation politique, par André Kaspi, historien, spécialiste des Etats-Unis, auteur, entre autres, de Les Américains (2 tomes, rééd. 2014, Points) et Les Présidents américains, en collaboration avec Hélène Harter (Tallandier, 2012)

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