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Retraites : "On accepterait mal une rupture de solidarité entre ceux qui gagnent le plus et les autres"

Rédigé par Chevenement.fr le 29/01/2020 à 11:24 | Lu 1789 fois

démocratie emmanuel macron retraites

Jean-Pierre Chevènement était l’invité du 6h30-9h30 de France Info TV. Il répondait aux questions de Samuel Etienne, le mardi 8 janvier 2020.

Verbatim

  • Samuel Etienne : Le texte sur la réforme des retraites a été présenté en Conseil des ministres et va entamer son parcours législatif. Le Président de la République a-t-il eu raison de ne pas céder à la rue ?

    Jean-Pierre Chevènement : Le candidat Macron avait annoncé cette réforme, et le principe d’un régime universel est un bon principe, me semble-t-il, notamment car il tient compte de la discontinuité croissante des carrières. L’idée qu’il y ait 1 régime plutôt que 42 est une bonne chose en soi, même si tout cela va prendre du temps. Ce qui me frappe, c’est qu’il n’y a pas de débat sur des points essentiels comme la pénibilité. Pourquoi les gens qui portent des charges lourdes sont-ils exclus de la pénibilité, alors que cela leur permettrait de partir à la retraite un peu plus tôt que les autres ? Ce serait légitime. Autre point : pourquoi les salariés qui gagnent plus de 10 000 € par mois ne sont-ils plus astreints à cotiser ? On accepterait mal une rupture de solidarité entre ceux qui gagnent le plus et les autres.

  • En l’état actuel des textes, les hauts salaires de plus de 120 000 € bruts par an ne paieraient plus de cotisations sauf sur cette marge de 2,8 %, mais ils n’enregistreraient pas de nouveaux droits non plus. Ils seraient obligés par exemple...

    D’aller à la capitalisation ! On voit bien que c’est là l’amorce de la substitution d’un régime à un autre. Je pense que ce débat devrait reprendre le chemin de la raison. Cela dit, on n’oppose pas le tout ou rien. Par exemple, le retrait de la réforme me paraît contraire à ce qui a été dit par le candidat Macron pendant la campagne et approuvé par 66 % des Français qui se sont exprimés. S’il y a des Français qui veulent changer de République, il faut qu’ils patientent deux ans et qu’ils se rassemblent autour d’un candidat qui leur précise laquelle.

  • Cette mobilisation contre la réforme des retraites a vu de nouvelles formes de contestation un peu inspirées du mouvement des Gilets jaunes. Est-on rentré dans un régime de contestation permanente du pouvoir ?

    Il y a une crise de la démocratie représentative qui est déjà ancienne. On a trop dévalorisé les politiques, il faut raison garder. Et il faut aussi que les citoyens apprennent à distinguer l’esprit critique - capacité de juger par soi-même, qui est une bonne chose - de l’esprit de critique, c’est-à-dire l’esprit systématique de contestation. Sommes-nous dans une situation révolutionnaire ? Je réponds non, nous n’en sommes pas là.

    Les syndicats doivent éviter de donner des mots d’ordre qui se rapprochent du "tout ou rien", car c’est le refus de discuter. Il faut discuter, et il y a de quoi sur un sujet hautement anxiogène, mais je ne crois pas que le Gouvernement veuille revenir sur l’essentiel, qui est la répartition, ni sur la part des retraites dans le revenu national. Je rappelle que nous parlons de 350 milliards d'euros et que les transferts sociaux en France s’élèvent à 750 milliards d'euros. Nous ne sommes pas au point où nous aurions remis en cause les conquêtes du CNR. C’est un manque de vue, de perspective et même de connaissances qui fait dire cela.

  • La crise entre les Français et les élites passe-t-elle par une réforme de la haute fonction publique et notamment la disparition de l’ENA ? Il y a plus de 50 ans, vous dénonciez déjà "l’énarchie, ou les mandarins de la société bourgeoise".

    Je dénonçais en effet le monopole de recrutement par les grands corps de l’Etat - c’est-à-dire une toute petite fraction des gens qui sortent de l’ENA - non seulement des postes de la fonction publique mais aussi, de plus en plus, des postes de direction dans les entreprises publiques ou privées. Ajouté à cela, beaucoup d’énarques sont des ténors politiques...

  • Dont vous êtes !

    Absolument, et il est bien normal que tout le monde puisse se présenter à une élection ! Mais cette concentration finit par être abusive. Ce que je propose n’est pas de revenir sur le principe du concours, qui est un bon principe, et il faut le maintenir pour les administrateurs civils. En revanche, il faut faire en sorte que les grands corps recrutent à un niveau qui soit dix ans après la sortie de l’ENA, avec des fonctionnaires qui ont déjà l’expérience du terrain, qui ont montré leurs qualités, et que ce ne soit pas une sélection faite à 22 ou 23 ans, à un âge où on ne peut pas prédéterminer la vie des individus.

  • Réformer, mais pas supprimer l’ENA donc ?

    Non, pas la supprimer car elle a été un progrès par rapport aux anciens concours de cooptation où chaque corps recrutait ses futurs administrateurs. La Commune de Paris a voulu le principe du concours et je ne souhaite pas que l’on revienne en-deçà de la Commune de Paris.

  • Il y a quelques jours, l’Express titrait sur « la fin du plafond de verre » pour Marine Le Pen. Une victoire de Marine Le Pen apparaît-elle de plus en plus probable ?

    Ce n’est pas mon sentiment. Le RN a une histoire qui s’enracine dans Vichy, l’OAS...

  • Ce n’est pas l’avis de Marine Le Pen...

    Mais c’est la réalité objective, historiquement. En outre, l’élection d’un candidat du RN provoquerait de graves tensions et, je le crains pour notre pays, tout ce qui pourrait l’acheminer vers la guerre civile. Il y a un parfum de guerre civile. Je le juge extrêmement malsain. Par exemple la concentration des critiques sur le Président de la République est excessive. Il ne peut même plus aller au théâtre sans qu’aussitôt soient rameutés des émeutiers par réseaux sociaux. Je sais bien que lorsque le Général de Gaulle visitait l’Ecole normale supérieure, certains élèves jugeaient utile de refuser de lui serrer la main... Nous sommes dans un pays qui peut comporter certains excès. Mais tout de même, la fonction de Président de la République doit être respectée. Un peuple qui ne respecte pas ses institutions ne se ménage pas un avenir très brillant.

    Il y a une dernière chose que je voudrais dire sur le RN : pour l’image de la France dans le monde, notre rôle en Afrique, en Méditerranée, dans le monde musulman, l’élection d’un président issu du RN serait catastrophique. Je pense qu’il y assez de Français qui maintiendront le plafond de verre à un niveau assez élevé.


    Source : L'Invité du 6h30-9h30 - France Info TV


(3) Commentaires
1. Jean-Paul BIANCAMARIA le 29/01/2020 15:16
Petites précisions utiles à propos des 66% de français qui se sont exprimés "en faveur" de
M. Macron au second tour dont vous laissez croire qu'ils ont plébiscité son programme:
1) par rapport au nombre d'inscrits M. Macron a obtenu 18,19% des voix au premier tour
(8 656 346 électeurs) et 43,61% des inscrits au second tour (20 743 128 électeurs) selon les résultats publiés par le Ministère de l'Intérieur.
2) vous faites mine d'ignorer que les 12 086 782 électeurs venus en renfort le 7 mai,plus ou moins culpabilisés par presque tous les partis,syndicats et associations,n'ont glissé le bulletin Macron que pour "faire barrage" à Mme Le Pen.
Je précise que bon nombre d'électeurs "barragistes" de mon entourage,regrettent d'avoir votés pour le jeune candidat "démocrate" dont le programme s'est révélé depuis, comme étant destructeur pour leurs conditions de vie!
Tout cela pour vous rappeler que la légitimité de M. Macron et de son programme doit se mesurer à l'aune de son influence électorale au soir du premier tour, à savoir un soutien de moins de 1/5 des citoyens! (et je parle même pas de la légitimité de LREM au soir du premier tour des législatives le 11 juin 2017 où elle a obtenu 13,44% des inscrits!!! soit 1,34 électeur sur 10 !!!).
Notre système électoral arnaque les citoyens et il ne faut plus s'étonner que nombre d'entre eux se mettent hors jeu de cette farce que l'on s'obstine à nous présenter comme étant la véritable démocratie.
Je crains maintenant que la colère (justifiée) accumulée contre ce gouvernement minoritaire et déconnecté du pays réel ne se transforme très rapidement en haine de la démocratie représentative avec les conséquences fâcheuses qui pourraient en découler.
Voilà ce que risque d'être le bilan du quinquennat de M. Macron et de ses "députés".
2. DAVID SAUVE le 29/01/2020 21:51
@Jean-Paul BIANCAMARIA

C'est tout a fait ce que je pense a propos de la légitimité de ce faux président en carton.
Sa légitimité est simplement nulle parce qu'il a été propulsé ou il grâce au système médiatique qui a fait un cérébrolessivage inadmissible pour quelqu'un qui n'avait jamais présenté aucun candidat a aucune élection précédente. Son temps de parole n'aurait pas du être aussi élevé. les règles de représentativité n'ont pas été respectée et maintenant on nous dit que la démocratie représentative est encore valable ? De qui se moque t-on !?

@JPCH

Quand a la guerre civile, elle est déjà là. Demandez donc au maire de Lyon, ancien ministre de l'intérieur lui aussi au début du mandat macreux.

Je ne sais pas ou vous vivez et circulez, mais je n'ai plus l'impression d'habiter dans mon pays. Les démographes à la noix qui nous disent sans cesse dans les mass-médias propagandistes recopiant l'Agence France Propagande (AFP) sans réfléchir que tout va bien, tout est normal, pas d'inquiétude avec les niveaux d'immigration massive ...etc
Ça ne passe plus.
Il le fait exprès de laisser tout ça arriver car le RBN est son meilleur allié pour 2022. Il y a deux Frances qui se regardent encore pour 'instant, mais il est de plus en plus visible qu'elles ne se fréquentent pas, ne partagent pas les mêmes valeurs, et l'une de ces deux France subit cela depuis trop longtemps quand l'autre se fait draguer pour le clientélisme électoral. INSUPPORTABLE.
Tout le monde le sait, cette élection est pliée d'avance et ça prouve bien que ce type est seulement un parachuté par certaines personnes des milieux autorisés souvent propriétaires de grand groupes de presse en plus de la Radio T6V nationale qui elle non plus ne fait pas son travail et que la majorité des 25-45 ans ne veulent même plus entendre ou écouter parler de politique ou de société tellement les débats sont stériles, vides et a coté de la plaque.

De nombreux amis qui votaient plutot écolos ou a gauche me disent la même chose. Certes le dernier moment dans l'urne est quelque fois différents tellement les esprits sont culpabilisés en permanence (comme vous le faites avec ces déclarations dans cette interview), mais les paroles se libèrent et bcp me disent qu'ils ne reconnaissant plus leur pays quand ils regardent les files d'attentes au caisses ou dans les transports.
Si au moins ces immigrés avaient la volontés de devenir français et de s'assimiler, il n'y aurait pas de quoi s'inquiéter, mais demandez donc a habitant français qui vit là avec sa famille depuis plus de 5 générations, quelque soit sa couleur ou ses croyances, il vous dira la même chose : il y a trop d'immigration...

Et comme si cela ne suffisait pas, la dictature bruxelloise nous impose de brader l'accumulation de capital au profit de nos concurrents voisins, comme si la concurrence était loyale par nature. Tout le monde sait que c'est l'inverse...en attendant, les dictateurs commissaires qui n'ont jamais été élus nous construisent vers la ruine du continent et la preuve que rien ne fonctionne dans cette Europe est bien l'euro.
en réécoutant le discours de Philippe Seguin il y a quinze jours, je me suis rendu compte que notre pays n'est plus depuis maasticht et le traité félon du même nom. Il avait ainsi déduis tout ce qu'il se produit maintenant. je ne vois aucune exception a son discours alarmant de l'époque.

Le pb c'est l’Europe et les règles qu'elle nous dicte pour 80% des lois qui ne sont que des transpositions de Bruxelles et ses dictateurs commissaires.

Micron est au service d'une oligarchie de toutes sortes d’apparences, pas un président, et encore moins légitime. Les assemblées de notre pays ne sont devenues que des chambres d'enregistrement. il discutent des modalités d'applications des directives européennes !
Le pb des législatives aussitôt après les présidentielles est clair depuis le passage au quinquennat. Il faut revenir au septennat ou dissoudre l'assemblé pour décaler a nouveau les législatives.

Vous m'avez déçu dans cette interview.
3. Vikash PARIS le 31/01/2020 00:49
J.P Chevènement a raison sur la rupture de la solidarité entre ceux qui gagnent le plus et les autres et sur les risques de substitution d'un régime par répartition par un régime de capitalisation. Pour autant, il approuve le régime à points en rupture avec ce qu'il a toujours défendu. Sur ce point, je ne le reconnais plus. Je l'entends encore, il y a quelques années citer Jaurès pour défendre le système actuel: "la retraite est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas". Certes, l'évolution de la démographie et de l'emploi appellent des aménagements. Mais est-ce une raison pour défendre un régime à points dont on ne connait pas encoure tous les contours et dont la plupart des analystes prédisent qu'il se traduira par une baisse des pensions et un appauvrissement des retraités ? Et que dire de la méthode brutale du gouvernement ?
Prétendre que 66% ont voté pour cette réforme en votant Macron, c'est oublier qu'au second tour des présidentielles, la majorité des électeurs d'Emmanuel Macron a surtout voulu contrer Marine Le Pen ! Prétendre le contraire, ce n'est pas vouloir regarder les choses en face.
Sur un autre plan, J.P Chevènement a raison de rappeler l'enracinement de Vichy dans l'OAS, la collaboration, Vichy etc.. Mais il a tort de croire que cet enracinement suffira à faire barrage à l'extrême droite. Il sous estime manifestement, l'exaspération de nombreux français qui pour des raisons diverses se sentent abandonnés et méprisés par le pouvoir en place.
De la création du MDC jusqu'aujourd'hui , je me suis toujours reconnu dans les idées et l'action de J.P Chevènement.
Toutefois, depuis un certain temps, sa défense constante du Président Macron me laisse perplexe. Ce dernier est certes intelligent. Il a, avec raison, infléchi la politique française vis à vis de la Russie. Mais sa politique économique et sociale, inspirée par l'ordre Maastrichien, est aux antipodes de ce qu'a toujours défendu J.P Chevènement....
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